Ni Guru ni Maître… Ces quelques mots, souvent prononcés par Jean Dubuis, traduisent clairement la façon dont il conçoit sa mission : désocculter la connaissance et la transmettre dans un esprit de liberté, proposer des outils pour marcher dans le sens de son Devenir, rappelant que pour comprendre Le Grand Livre de la Nature, deux choses sont nécessaires : « une tête bien faite et un coeur généreux ». Il invite au « Ora et Labora » (« médite et travaille »). Ainsi, est toujours sienne la devise du Bouddha Gauthama : "Ne crois rien parce qu'on t'aura montré le témoignage écrit de quelque sage ancien. Ne crois rien sur l'autorité des Maîtres ou des Prêtres. Mais ce qui s'accordera avec ton expérience et après une étude approfondie satisfera ta raison et tendra vers ton bien cela tu pourras l'accepter comme vrai et y conformer ta vie".

jeudi 13 septembre 2007

Passe sans Porte, an 1229, 48 kôan anciens, Règle 4/48





















Règle 4. -- L'ETRANGER SANS BARBE

Houo-ngan dit : « Pourquoi l'étranger de l'Ouest :
Bodhidharmla, est-il sans barbe? »

Réflexions badines de Wou-men

Votre recherche doit être la vraie recherche. Votre Illumination doit être la vraie Illumination. Seulement pourvu que vous voyiez vous-même une fois cet étranger, vous pouvez comprendre la parole de Houo-ngan. Mais, si je dis : « Voyez, vous même, cet étranger », j'ai déjà tort de distinguer « voyant » de « vu ». Voici mon poème :

En face de l'idiot
On ne doit pas conter le rêve.
Par : « L'étranger sans barbe »,
Houo-ngan ajoute l’ obscurité à l’ éveil.


Notes explicatives

Houo-ngan est le deuxième successeur de la Loi de Yuan-wou (1063-1135), auteur du Recueil de la Falaise verte ».

Bodhidharma est le fondateur de l'école du Zen en Chine. Le Zen insiste fortement sur la pensée fondamentale : « le dépouillement du corps et de l'esprit; le corps ; le corps et l'esprit dépouillés ». Bodhidharma apparaît dans l'histoire sous l'aspect d'un homme portant la barbe, dans la relativité du temps et de l'espace. Mais en réalité Bodhidharma n'a aucun aspect : sans barbe, sans couleur. Le Zéniste doit voir Bodhidharma sans corps ni esprit. En effet, cette Règle 4 revient au problème de l'expérience religieuse : comment voir le Fondateur. Or, considérée au point de vue psychologie religieuse, quelle expérience le dévot fait-il lorsqu'il voit le Fondateur de sa religion? Ici, j'en cite un exemple : celle de Mie Nakayama, fondatrice du Ten-ri-kyô (doctrine du Logos du Ciel, une des sectes shintoïstes). Je crois que cette expérience n'a pas encore été présentée aux Occidentaux et que les lecteurs v trouveront grand intérêt.

«Quand Mie eut quarante et un ans, son fils aîné Hideshi tomba malade très gravement. Ni le médecin ni les remèdes n'étaient efficaces à le guérir. Les Nakayama demandèrent un exorciste, suivant la coutume de ce temps-là. Mais, au cours de cette prière, Mie changea soudain d'attitude et, d'un air divin, solennel, avec une dignité inviolable, elle déclara : « Je suis le Gouverneur du Ciel », « Dieu foncier et Dieu réel », « Dieu est maintenant descendu du Ciel sur la terre suivant l'échéance fixée, comme providence pour sauver l'humanité entière ». Tous les membres de sa famille proche, à commencer par son mari Zenbê, ne la crurent pas, mais elle, tout en s'asseyant, insista de plus en plus ardemment, la voix et le visage graves : « Dieu a choisi cette terre et cette famille entière avec ses parents et ses fils. Vous n'avez pas d'objections? », « Si vous désobéissez à l'ordre de Dieu, votre famille sera dispersée », « Je prends le corps de Mie comme temple de Dieu ». Ainsi, ils ne virent pas cette insistance continuelle sur la volonté de Dieu s'atténuer. Et Mie, peinant à cause de sa respiration précipitée, ouvrit grands les yeux et elle leur sembla beaucoup souffrir. Alors, le lendemain matin son mari, bien résolu, jura d'accepter toutes les paroles de Dieu. Mie répondit :« Je suis contente ! Je suis contente ! » et elle parut sortir d'un rêve. Cet oracle devint le fondement du Ten-ri-kyô il y a à peux près 120 ans.

Plus tard, au milieu d'une nuit, Mie fut réveillée soudain par un grand bruit au plafond et elle sentit son corps lourd; ce fut aussi l'oracle : « Je suis Kuni-notoko-tachi-no-mikoto (dieu résidant éternellement sur la terre). Me succédant, les autres dieux apparaîtront. Après avoir écouté cette parole, elle se sentit légère. Ensuite, elle se sentit lourde une deuxième fois et écouta cet autre oracle :« Je suis Omo-daru-no-mikoto (dieu à l'extérieur parfait). » Ainsi les dix divinités descendirent successivement du Ciel et firent du corps de Mie le temple des dieux.

Lorsque je compare cette expérience religieuse - un exemple typique d'hétéronome - avec celle des Zénistes des Notes explicatives de la Règle I, j'aperçois deux grandes différences :

I° Instantanéité de l'expérience Zen.

Les lecteurs rencontreront toujours dans les livres du Zen les expressions : tout d'un coup, tout à coup, soudain, instantanément, subitement ou brusquement etc. Le Zéniste doit franchir toute la durée du temps en un instant et voir en un instant tous les temps. Il doit faire un saut instantanément à travers toute la durée du temps. L'expérience de l'Eveil n'est pas mesurée par durée de temps : une demi-heure, une heure ou deux. La longueur temporelle de cette expérience est zéro, si le mot d'un instant exprime la petite durée de temps, tout bref soit-il.

2° Le Zéniste se concentre vers son intérieur profond, non pas vers l'objet extérieur.

L'expérience de l'Eveil du Zéniste n'est ni d'entendre des voix ni d'avoir des visions, mais de voir dans son Essence originelle, avec la cécité, où il n'y a pas de distinction entre l'éveillant et l'éveillé. Ce n'est pas non plus une puissance supérieure, venue du dehors, s'emparant de l'âme. Elle n'est pas passive, mais active. Comme le poussin brise la coque de l'intérieur et devient le poulet, on doit briser le moi ordinaire vers le fond du moi et le Moi originel doit jaillir. De là provient le caractère de Non-sainteté du Zen qui n'adore au dehors de nous ni Dieu ni Bouddha. Mais cela ne signifie pas qu'on soit Dieu. Plutôt je choisirai de dire qu'on est le Néant.

Le sens du poème de Wou-men est ainsi : « La parole de Houo-ngan est pareille au conte fantastique du rêveur, pour l'ignorant qui ne le croira pas. Donc il est inutile. Mais, cette phrase : « l'étranger sans barbe » suscite des doutes obscurs dans le cœur de l'idiot qui se croyait éveillé. Ici réside l'efficacité socratique de cette règle.

Une devise du Zen dit :« Plus grand doute, plus grand Eveil. »

Aucun commentaire: