Ni Guru ni Maître… Ces quelques mots, souvent prononcés par Jean Dubuis, traduisent clairement la façon dont il conçoit sa mission : désocculter la connaissance et la transmettre dans un esprit de liberté, proposer des outils pour marcher dans le sens de son Devenir, rappelant que pour comprendre Le Grand Livre de la Nature, deux choses sont nécessaires : « une tête bien faite et un coeur généreux ». Il invite au « Ora et Labora » (« médite et travaille »). Ainsi, est toujours sienne la devise du Bouddha Gauthama : "Ne crois rien parce qu'on t'aura montré le témoignage écrit de quelque sage ancien. Ne crois rien sur l'autorité des Maîtres ou des Prêtres. Mais ce qui s'accordera avec ton expérience et après une étude approfondie satisfera ta raison et tendra vers ton bien cela tu pourras l'accepter comme vrai et y conformer ta vie".

jeudi 27 mai 2010

ENQUETES EXTRAORDINAIRES sur les guérisseurs, magnétiseurs, barreur de feu...

Une émission proposée sur M6 la semaine dernière,

voici le lien vers cet excellent reportage à voir sans faute :


http://www.m6replay.fr/#/emissions/enquetes-extraordinaires/12400

samedi 27 mars 2010

Vers une médecine sacramentelle - Thérapies - Médecine médiévale - par Cyrille Pelard


Une médecine non médicale est-elle envisageable dans notre vision du monde ? Non si l’on s’en tient au paradigme de la raison et de la science. Oui si l’on renoue avec un sens actif et opératif du sacré. En effet, à l’origine de la pensée chrétienne, salut et santé sont deux termes permutables, inclus d’ailleurs dans le même terme grec « soteria ». D’après Cyrille Pelard, le Christ se présente à nous comme grand Thérapeute afin de nous sauver, nous guérir, nous re-susciter. Il nous montre l’exemple car, dit-il, le « thérapeute » est celui qui, d’abord, conduit vers Dieu : de cette réorientation de l’être découleront santé et bien-être.
Tout sacrement est un rite symbolique de guérison ; le parcours spirituel du chrétien vise donc la traversée des cercles de la mort, avec Iéschoua pour guide, et ce jusqu’à la Vie éternelle. Ainsi, l’Eucharistie donne liturgiquement ce pain de Vie, ce vin d’éternité et l’ onction d’huile (Euchélaïon) enveloppe de force odorante et de douceur pénétrante l’impétrant, afin de faire mieux passer les prières dans son corps.

La maladie n’est donc pas que mécanique, mais au contraire, elle peut être lue comme le terminal physique d’un mal invisible qui se dit (mal-a-dit). Si chaque maladie invite à une remise en question, chaque geste de guérison s’appuie sur une représentation du monde implicite. La médecine apparait donc innervée de philosophie, de métaphysique et d’un mystère de transcendance. Guérir c’est revenir à Dieu, à ce soi-même ignoré de soi. La guérison, de somatique parce que nous sommes au creuset de la matière, se doit d’être spirituelle parce que nous sommes aussi opérateurs de conscience.


http://www.baglis.tv/accueil.html

jeudi 25 mars 2010

FORUM DIALOGUE INTERRELIGIEUX

Benoît Billot,
le père zazen


Ce prêtre bénédictin a découvert, dans les années 1980, le Japon et sa tradition du bouddhisme zen. De cette « greffe réussie », est née l'envie de revisiter la foi chrétienne pour y intégrer la « sagesse du corps ».

Rassemblés en cercle, des moines bouddhistes du village des Pruniers méditent aux côtés du prêtre bénédictin Benoît Billot. L'homme de 75 ans ne quitte pas sa croix de bois pendue au cou pour cette rencontre avec les membres de la sangha de l'Inter-Être, en retraite pour plusieurs jours au prieuré d'Étiolles. Un coussin sous sa jambe gauche l'aide à tenir une assise impeccable et trahit une pratique assidue. Les moines sont intrigués et veulent en savoir davantage sur sa découverte du zazen, cette posture chère à Bouddha :
« Quand j ai eu une tuberculose pulmonaire à 35 ans, je me suis rendu compte que le christianisme négligeait le corps. Or, le divin s'incarne dans le corporel, dans les formes. J'ai commencé par faire vingt-cinq minutes d'assise le matin et le soir, car je sentais que c'était bon pour moi. Puis je suis parti au japon où j ai découvert une autre manière de pratiquer le zen. »
S'il raconte modestement sa rencontre avec cette culture orientale, son voyage au pays du Soleil levant représente pourtant une expérience historique et inédite pour l'époque: en 1983, une vingtaine de moines et de moniales catholiques rendent visite à leurs homologues, dans le cadre du dialogue interreligieux monastique. Des caméras du monde entier couvrent l'événement. Benoît Billot en a fait un livre (Voyage dans les monastères zen, Desclée de Brouwer,1987), tant il a subi un dépaysement profond et ébranlant: « Ma vie monastique et ma foi chrétienne ont été dépoussiérées. Jai vécu cette expérience comme un recommencement, une seconde illumination. »

« Être sur la route qu'il faut »

Le premier choc remonte à l'âge de 25 ans. Malgré une éducation catholique très stricte et rigide, sa foi lui apparaît un jour comme une vocation, un appel divin : « Soudain, l'univers s'est transformé dans mon esprit. La profession, la vie de famille que je désirais ont disparu. Le choix de la vie monastique est devenu clair. Depuis ce moment, je ressens une énergie étonnante et le sentiment d'être sur la route qu il faut. » Benoît Billot abandonne ses études d'horticulture et devient prêtre à 31 ans. Au monastère bénédictin du prieuré Saint-Grégoire-de-Rungis, il mène une existence communautaire intense, entouré de ses « frères ». Mais la certitude du chemin n'évince pas ses questionnements. Il se sent étouffer dans ses croyances. La remise en cause ne suffit pas. Les années passent. La peur de devenir amer et aigri le tenaille. La maladie frappe. Au sanatorium, il réalise qu'il doit trouver un nouveau souffle spirituel. Pour mieux respirer. Et remédier à l'intégration physique, en panne dans son christianisme d'origine. L'Inde l'attire. Des amis l'y invitent. Il s'essaie au yoga et séjourne plusieurs fois dans des âshrams, sans grande conviction: « J'ai rencontré plusieurs swamis, des maîtres, mais je n'ai pas senti un appel très fort de l'hindouisme, ni une parenté particulière avec cette religion. » Dans les monastères bouddhistes, il renaît. Les Japonais le reçoivent avec tant de solennité et de sérieux qu'il se sent intégralement plongé dans le bain monastique zen. L’expérience est transcendante. Le bouddhisme devient sa seconde religion. Il aime décrire sa démarche comme une « greffe réussie ». Désormais, il n'« a » plus un corps, il « est » un corps: « C'est un changement de perspective considérable. Par exemple, les maladies sont dépendantes du corps, mais aussi du psychisme et de l histoire personnelle. De plus, on doit apprendre aux gens à vieillir, à accepter leur corps qui change. Il faut sortir de cette tradition chrétienne qui conçoit le corps comme un obstacle au salut. » Benoît Billot aborde cette problématique lors de retraites organisées au prieuré pour les personnes de plus de 70 ans.

Psychanalyse et quête du divin

Au quotidien, il travaille la détente et la circulation des énergies, une technique qui évite, selon lui, les pathologies. Pendant l'assise, il ne fait rien d'autre « qu' étre là, dans la présence et dans l'accueil ». En cela, il croit se rapprocher de Bouddha. À travers cette « sagesse du corps » inséparable de l'esprit, il repense son lien avec Dieu, sans dualité: « Plus jeune, la frontière entre Dieu et moi était infranchissable à mes yeux.,Avec le bouddhisme zen, jai rencontré l'apophatisme, c'est-à-dire le fait que toutes les définitions de Dieu sont inexactes. Quelque chose de plus profond unit les individus. Il existe une relation entre l Éternel et moi. Aujourd'hui, dans mes rapports avec le Seigneur, je suis lui et il est moi. » Benoît Billot a également fait une psychanalyse durant dix ans, après plusieurs séjours en Allemagne, dans le centre de son ami psychothérapeute Karlfried Graf Dürkheim. Ce travail introspectif a nourri sa foi. Selon lui, l'exercice psychologique relève du divin: « Il y a plus que le niveau psychologique et inconscient. On peut sentir une sorte de vibration, un ailleurs qui se manifeste dans la prise de conscience. La psychanalyse m'a appris à ramener Dieu dans mon quotidien. »
Cette quête spirituelle, Benoît Billot la partage. En 1989, il fonde la Maison de Tobie. À l'image du personnage biblique, l'association invite à un parcours initiatique par

« Il faut sortir de cette tradition chrétienne qui conçoit le corps comme un obstacle au salut »

http://www.lamaisondetobie.com/index.php?page=activites&act=11&p=description

la contemplation, la « prière du coeur » et la méditation. Des pratiques qui s'inspirent du bouddhisme et du christianisme. Avant sa rencontre avec le zen, les rencontres interreligieuses le préoccupaient déjà: en 1981, il est nommé responsable du dialogue interreligieux monastique (DIM) pour la France et la Suisse. A ce titre, il est souvent considéré comme spécialiste de la question. Son dernier ouvrage, Comment peut on être chrétien ? (Relié, 2009), synthétise ses expériences et montre la possibilité de revisiter la foi chrétienne à travers d'autres traditions religieuses. Benoît Billot sait que son parcours ne fait pas l'unanimité. Il s'amuse qu'un jour, on ait pu lui dire qu'il pactisait avec le diable ! Pour lui, le dialogue interreligieux est une urgence, une lutte pour que « les portes et les fenêtres des différentes religions ne se referment pas ».

Séverine Sannom

Source : Le Monde des religions, N° 39, page 18 et 19, janvier-février 2010
http://www.laboutiquelemondedesreligions.fr

lundi 8 mars 2010

Interview Tamura Nobuyoshi, l'aigle de l'Aïkido


Interview Tamura Nobuyoshi, l'aigle de l'Aïkido

Tamura Nobuyoshi est 8ème dan de l’Aïkikaï de Tokyo. Proche disciple de Moriheï Ueshiba, fondateur de l’Aïkido, il vit en France depuis 43 ans et enseigne à travers le monde.

Le sourire bienveillant et la frêle silhouette de maître Tamura sont connus des pratiquants du monde entier. De même que le regard d’aigle et l’extraordinaire virtuosité technique dont il fait preuve dès qu’il pratique.
L’Aïkido de maître Tamura est rapide, subtil et extrêmement martial. Après plus de cinquante ans de pratique sa technique est si aiguisée que tous les mouvements superficiels ont disparus ne laissant aujourd’hui transparaître que l’essence de son art dans des gestes si subtils qu’ils sont presque invisibles et paraissent magiques au non-initié.

Evitant d’ordinaire les médias maître Tamura nous a accordé une interview exceptionnelle où il nous livre les souvenirs et les réflexions d’une vie de pratique. Rencontre avec un maître de légende au regard acéré mais plein d’humour...

Tamura Nobuyoshi, l'aigle de l'Aïkido

Bonjour senseï. Quelle est la différence entre le Budo et le Bujutsu ?

Au départ les techniques sont nées à la suite de l’analyse de combats victorieux. C’est ainsi qu’ont été créés les premiers kumitachis (enchaînements de sabre à deux). On a découvert que tels mouvements permettaient de faire face à tel type d’attaque. Petit à petit les techniques ont été rassemblées afin de créer un chemin qui pouvait être emprunté par l’entraînement.
Mais bu a un sens différent selon les personnes. Pour certains il s’agit d’un force destructrice, pour d’autres c’est une force de paix.
Jutsu signifie technique et do signifie voie. Etudier un jutsu c’est apprendre une technique qui sert à accomplir un but, dont l’utilisation est une finalité en soi. Etudier un do c’est suivre un chemin vers l’homme qui est en nous. Un chemin que chacun peut emprunter et qui a été créé pour pouvoir être suivi par tous.
C’est cette idée qui est aussi à la base du shintoïsme ou du bouddhisme. Maintenant malheureusement nous sommes souvent loin de cette idée d’origine...

suite sur :
http://www.tsubakijournal.com/article-7142924.html

http://www.tsubakijournal.com

dimanche 14 février 2010

Passe sans Porte, an 1229, 48 kôan anciens, Règle 6/48: LE VENERE DU MONDE TORD LA FLEUR.














Jadis, le Vénéré du monde (I) montra une fleur en la tordant à une congrégation assemblée sur le Mont des Vautours. Alors, tout le monde observa le silence. Cependant, seul le Vénérable Mahâkâsyapa sourit largement. Le Vénéré du monde dit :

« J'ai « Le magasin de l'oeil mental de la vraie Loi » et la porte d'entrée de la Loi subtile (l'Esprit nirvânique et l'aspect réel sans aspect). Elle n'est pas exprimée par l'écriture, mais est transmise spécialement hors de la doctrine. Je la trans¬mets à Mahâkâsyapa. »

Réflexions badines de Wou-men

Gautama (2) au visage jaune, insolent comme s'il n'y avait personne autour de lui, dédaigne les hommes pieux; il suspend des têtes de mouton devant sa boutique, mais vend la viande de chien. J'espérais qu'il ferait des prodiges. Seulement, si tout le monde souriait à ce moment là, comment Gautama transmettrait-il « Le magasin de l'oeil mental de la vraie Loi » ? Si Mahâkâsyapa ne souriait pas, comment Gautama transmettrait-il cette fois « Le magasin de l'oeil mental de la vraie Loi » ? Si vous dites que. K Le magasin de l'oeil mental de la vraie Loi peut être transmis, vous êtes un rustre trompé par le vieux maître au visage jaune. Si vous dites qu'il ne peut pas être transmis, pourquoi Gautama admet-il Mahâkâsyapa seul? Voici mon poème

Lorsque Gautama tord la fleur, Sa queue est déjà découverte.
Sa queue est déjà découverte.
Mahâkâsyapa sourit.
Nul autre, terrestre ou céleste, ne le comprend.

Notes explicatives

Mahâkâsyapa était le premier des dix grands disciples du Bouddha. Après la mort du Bouddha, il fut mis à la tête de la confrérie et présida l'ensemble des réunions connues sous le nom de « premier concile » bouddhique. Bien que d'autres moines et laïcs fussent absorbés par la cérémonie funéraire du Bouddha ou par l'offrande, il déclara :

« Nous n'avons pas affaire aux os de Diamant (on appelle le Bouddha ainsi). Nous devons collectionner les essences de la Loi et ne devons pas en interrompre la succession. »

Ainsi il dirigea, par ses interrogations, la récitation de la Discipline (Vinaya) et de la Loi (Dharma), Oupali répondant pour la première, Ananda pour la seconde et établit la base des livres sacrés, édités plus tard. Mahâkâsyapa était un mendiant pur et parfait. Il n'habitait pas parmi les hommes, mais là où s'élevaient les tertres funéraires. Il ne recevait pas l'aumône de l'habit, mais il ramassait des chiffons jetés dans le cimetière et les raccordant, il les portait. Il ne se nourrissait que deux fois par jour. Il est significatif que l'école du Zen désigna ce Mahâkâsyapa pour successeur direct de la Loi du Bouddha et non pas, par exemple, Ananda le plus érudit parmi ses disciples.

Le principe du Zen est fondé sur l'essence des enseignements du Bouddha, bien que quelques Occidentaux pen sent que le Zen n'est pas bouddhique. On peut le voir aisément dans le Sermon de Tetsugen (Zéniste japonais, 163o-1682) . Il explique systématiquement la pensée du Zen, utilisant la formule du bouddhisme indien du Vide des cinq agrégats :

Matière, Impressions, Concepts, Formations mentales, Conscience. Il y mentionne plusieurs fois des passages des Sûtra :
le Sûrangama-sûtra, l'Amitâbha-sûtra, le Saddharmapundarîka-sûtra, le Nirvâna-sûtra, le Sûtra de Diamant, le La-kâvatâra-sûtra etc. Après avoir critiqué le confucianisme et la taoïsme, il nous montre que le dialogue du zéniste est le résumé bref du noyau des Sûtra innombrables de l'Inde (Voir la traduction de l'auteur du « Sermon de Tetsugen sur le Zen », Risosha, Tokyo, 196o).

Dans son grand ouvrage :

« Le Magasin de l'Œil mental de la vraie Loi », Dôgen (fondateur de l'école Sôtô du Zen au japon, 1200-1253) attire notre attention sur le fait que dans cette Règle 6 le Vénéré du monde n'a pas dit de transmettre « le Zen », mais « le magasin de l'oeil mental de la vraie Loi ». Dôgen détestait ardemment que l'on appela son école : Zen; car pour lui il n'y avait que la Voie du Bouddha ; il était suffisant pour lui de s'appeler bouddhiste. Si les zénistes chinois et japonais considéraient cette transmission entre le Bouddha et Mahâkâsyapa comme l'origine de l'école du Zen, cela signifie que le Zen est l'essence de la Voie du Bouddha, c'est-à-dire du bouddhisme. La transmission de la Loi entre le maître et le successeur est intacte et intégrale, comme l'eau transvasée d'un récipient en un autre ou comme deux miroires se réfléchissant, sans images, l'un l'autre. Ils sont deux, mais un. On n'y distingue pas les aspects du maître, transmettant la Loi, et du successeur, en transmis. Ici réside le problème essentiel qu'on doit éclairer dans cette Règle; on ne doit pas s'attacher à cette fleur.

Pour éclairer cette transmission sans aspect Wou-men pose deux embrouillements contradictoires dans ses réflexions badines. Si on arrive à connaître la Loi unique dont chacun est pourvu foncièrement et où le transmetteur et le sucesseur se dissolvent en un, on ne sera pas troublé par ces complications.
« Sa queue est déjà découverte , :

l 'esprit du Bouddha n'est pas du tout caché, mais exposé à nu.


(1) Le Vénéré du monde, un des dix noms du Bouddha.
(2) Gautama, nom patronymique du Bouddha. Wou-men appelle le fondateur du bouddhisme par son nom, sans titre honorifique. C'est la façon de procéder de l'école du Zen.

vendredi 1 janvier 2010

Passe sans Porte, an 1229, 48 kôan anciens, Règle 5/48: HIANG-YEN ET L'ARBRE














Le précepteur Hiang-yen dit :

« C'est comme un homme juché sur un arbre :

il se tient par les dents à une branche sans la saisir des mains ni toucher l'arbre avec ses pieds. Supposons qu'un autre homme situé sous cet arbre lui demande :

« Quel est le sens de la venue en Chine du premier Patriarche? »

Si cet homme ne fournit aucune réponse, il contrevient à l'attente du questionneur. S'il répond, il perd la vie. A ce moment-là, quelle réponse doit-il donner?

Même l'éloquence semblable au torrent est tout à fait inutile. Même si l'on peut prêcher le grand dogme du bouddhisme, c'est aussi inutile. Si vous pouvez répondre à ce sujet, vous pourrez faire renaître la voie morte antérieure et détruire la voie vivante antérieure. Sinon, attendez l'arrivée de Maitreya (i) et demandez-lui. Voici mon poème :

Hiang-yen est vraiment peu soigneux.
Son venin est inépuisable.
Il rend le moine muet,
Fait jaillir des yeux des démons de tout son corps.


Notes explicatives :

Au début, Hiang-yen était sous la direction de Potchang, mais celui-ci mourut avant que Hiang-yen eût pénétré la vérité du Zen. Il alla donc auprès de Kouei-chan (771-853), l'un des premiers disciples de Potchang. Kouei-chan lui demanda :

«J'entends dire que tu avais l'intelligence particulièrement prompte parmi les moines sous la direction de mon maître défunt. Cependant la compréhension intellectuelle ne sert en rien à la délivrance de la naissance et de la mort. Je laisse de côté toutes tes études poursuivies jusqu'à présent. Dis-moi un mot sur ton Visage originel, avant d'être né de tes parents. »

Ainsi interrogé, Hiang-yen ne sut que répondre. Il se retira dans sa cellule pour examiner soigneusement ses livres et notes qu'il avait étudiés. Mais il ne put y trouver une phrase susceptible d'être présentée à son maître; il rencontra donc,celui-ci, l'implorant pour qu'il lui enseignât la vérité profonde du Zen. Alors, le maître lui répondit :

« Si j'essayais de t'expliquer le Zen, tu aurais plus tard l'occasion de te moquer de moi. De plus, tout ce que je pourrais t'enseigner est de ma compréhension et non de la tienne. »

Ainsi, il lui refusait tout enseignement. Hiang-yen fut déçu et se trouva dans une impasse. En fin de compte, il brûla tous ses livres et toutes ses notes, en décidant d'abandonner l'étude du bouddhisme, de se retirer complètement du monde et de passer le reste de sa vie comme simple moine. De suite, il alla faire ses adieux à son maître. Celui-ci lui dit froidement :

« Fais comme tu veux !

Ainsi, Hiang-yen a perdu l'attachement à son entendement et l'orgueil de sa sagesse. Sans doute, est-ce le point de départ du processus religieux. Mais, surtout, je crois qu'on peut être quelque peu surpris par l'attitude rigide du maître du Zen pour guider son disciple. Un proverbe de l'école du Zen dit :

« La petite compassion empêche la grande miséricorde. L'attitude d'aspect impitoyable de Kouei-chan a obligé Hiang-yen à approfondir jusqu'au bout le Zen. Sans cette attitude du maître, son disciple se serait arrêté à mi-chemin.

Hiang-yen quitta Kouei-chan et construisit une hutte près de la tombe du maître national Houei-tchong à Nanyang. Bien qu'il se fût retiré du monde, il ne pouvait se soustraire au problème. Un jour, tandis qu'il balayait, il projeta un caillou contre un bambou. Au moment où le son jaillit, il réalisa le grand Eveil. Il trouva son Visage originel, avant d'être né de ses parents. En hâte, il rentra dans sa hutte, il purifia son corps par un bain et il s'inclina de loin devant son maître Kouei-chan en brûlant de l'encens. Il tomba en adoration, disant :

« Le bienfait de la grande miséricorde de mon maître surpasse celle de mes parents. S'il m'avait jadis expliqué la vérité du Zen à ma demande, je ne pourrais pas connaître l'Eveil aussi pleinement qu'aujourd'hui. »

Et il composa la poésie suivante :

« Par un choc j'oublie mes connaissances antérieures,
Je n'ai absolument pas besoin de les restaurer.
Dans chaque agissement j'élève la Voie ancienne,
Je ne tombe jamais dans la négation du simple quiétisme.
N'importe où, je ne laisse aucune trace,
Mes sens ne sont Pas entravés par des règles extérieures.
Tous les experts de la Voie dans les provinces
Disent que celui-ci est doué de l'activité suprême. »


De suite, il rentra chez Kouei-chan.

Ayant entendu cette poésie, le maître dit à Yang-¬chan (807-883) :

« Ce disciple a vraiment pénétré dans la Voie! » Yang-chan répondit :

« Ces vers sont la création artificielle d'une pensée réfléchie. Attendez, que j'aie vu moi-même ce qu'il en est. »

Yang-chan rencontra par la suite Hiang-yen et lui dit :

« Notre maître a fait votre éloge parce que vous avez eu l'Eveil, si important ! Expliquez-moi un peu cela pour voir. » Hiang-yen récita de nouveau sa poésie. Yang-chan :

« Ces vers sont l'effet d'une pensée attachée encore aux anciennes imprégnations. Si vous avez eu l' Eveil correct, dites encore quelques mots pour voir. »

Hiang-yen composa alors cette nouvelle poésie :

« L'année passée, ma pauvreté n'était pas encore
[véritable;
C'est seulement de cette année qu'elle est pauvreté.
L'année passée, dans ma pauvreté, j'avais encore l'espace
[de la pointe d'une alêne ;
Cette année, dans ma pauvreté, je n'ai même plus cet
[espace. »


Yang-chan dit :

« Voilà le Zen du Tathâgata !»

Et ils rendirent gloire ensemble à la caractéristique de l'école du grand Kouein-chan.

L'expérience, relatée ci-dessus, de l'impasse de Hiang-yen caractérise expressément la Règle 5 où il pose aux étudiants une antinomie. La question sur le « sens de la venue en Chine du premier Patriarche » est un des thèmes les plus fréquemment formés par le zéniste chinois. Elle signifie :

« quelle est la vérité ultime du Zen trans¬mis en Chine par Bodhidharma ?», ce à quoi le zéniste ne peut manquer de répondre sur l'honneur. Mais, s'il répond, il tombe pour s'écraser en cette Règle. Dans cette impasse antinomique comment répondrez-vous, lecteurs?

La question posée par Hiang-yen du haut de la chaire, le doyen Hou-t'eou (Tête du tigre) sort du rang des auditeurs et dit :

Je ne demande pas dans le cas où on est sur l'arbre, mais je vous prie de me répondre dans le cas où on n'est pas encore sur l'arbre. »

Alors, Hiang-yen rit largement à haute voix. Cet exemple vous donnera quelque suggestion.

Les réflexions badines et le poème de Wou-men donnent l'image réelle du moyen âpre de Hiang-yen qui jette l'étudiant au milieu de la souffrance à un point tel que cela peut faire jaillir des yeux de démons de tout son corps.

« Wou-men qualifie cela de « peu soigneux », par taquinerie. Mais, si l'étudiant ressuscite à travers cette impasse, il aura la grande activité telle qu'il pourrait faire de notre Ignorance sans commencement la Sagesse suprême (faire renaître la voie morte antérieure) et détruire notre idée fausse de l'éveil (détruire la voie vivante antérieure).

Qu'est-ce que le Zen du Tathâgata admis par Yang¬chan?

« L'Ainsi Venu ou Tathâgata », un des dix noms du Bouddha. Le Bouddha vient ici-bas par la Voie de « l'Ainsité »

et, réalisant l'Eveil, enseigne aux ignorants.

« La préface générale de la collection des jugements critiques sur les sources du Zen » de Tsong-mi (780-841) (2) en donne la meilleure explication.

« Bien que l'Essence vraie ne soit ni souillée ni pure et bien qu'elle ne soit pas différente pour le sage ou l'ignorant, il y a une différence de degré dans l'école du Zen, ou peu profond ou profond.

1° Le Zen de l'hérétique. On exerce le Zen par discrimination, en aimant le supérieur et haïssant l'inférieur.

2° Le Zen du vulgaire. Bien qu'on croie d'une façon juste à la cause et au fruit, on exerce le Zen encore par discrimination de l'aimable et du haïssable.

3° Le Zen du petit Véhicule. On exerce le Zen, en comprenant unilatéralement le principe du Vide du Moi.

4° Le Zen du grand Véhicule. On exerce le Zen, en comprenant la vérité exprimée de deux Vides du Moi et de l'objet phénoménal.

5° Le Zen du suprême Véhicule ou le Zen pur du Tathâgata. On comprend instantanément que notre esprit est pur originellement, n'a pas de passions depuis l'origine, est pourvu de lui-même, dès le commencement, de la Nature de la Sagesse sans souillure, et qu'il est lui-même le Bouddha, n'est, enfin, pas différent de celui-ci, et qu'on exerce le Zen, dirigé par cette Connaissance... C'est ce Zen que les maîtres de l'école de Bodhidharma ont transmis successivement. »
___________________________________________

(1) Maitreya, Bodhisattva qui paraîtra ici-bas 5 670 000 000 d' ans après et sauvera le monde d'après la mythologie bouddhique. Wou¬men dit :

« Celui qui est stupide au point de ne pas comprendre le Zen, même après cet enseignement direct de Hiang-yen, doit lambiner jusqu'au temps de Maitreya. »

(2) L'auteur était le quatrième successeur de la Loi de Chen-houei et en même temps maître de l'école du Kegon (Avatamsaka), C'est ainsi qu'il fut le meilleur connaisseur dans l'enseignement doctrinal du bouddhisme parmi les zénistes chinois. Chen-houei était l'un des successeurs du sixième patriarche du Zen :

Houei-neng.

Ses entretiens ont été traduits en français par M. Jacques Gernet
.

lundi 2 novembre 2009

Thierry Janssen a pour objectif de : « Spiritualiser la médecine.



Thierry Janssen est docteur en médecine, chirurgien et psychothérapeute spécialisé dans l'accompagnement des maladies du corps. Il étudie les différents aspects de la guérison, y compris au contact des guérisseurs traditionnels et des praticiens orientaux, a décidé en 1998 d'arrêter d'exercer, pour devenir psychothérapeute auprès de patients atteints de maladies physiques.

Nos maux ont-ils un sens? Peut-on expliquer l'irruption d'une maladie dans notre vie? Quel malade ne s'est jamais posé ces questions? Pour Thierry Janssen, cela fait trop longtemps que la médecine ne se les pose pas. C'est ainsi qu'il a commencé à s'interroger sur le sens de la maladie, de manière scientifique. Une interrogation partie d'un constat: la médecine « soigne les corps en négligeant le vécu et les croyances des malades ». De nombreux patients cherchent alors des réponses ailleurs, chez des donneurs de sens, des psychosomaticiens, voire dans une forme de pensée magique.
En 1998, Thierry Janssen est un chirurgien belge reconnu à Bruxelles. Il mène une carrière brillante et vient juste d'être nommé au prestigieux centre de cancérologie de l'université de Bruxelles, quand, brutalement, il démissionne, étouffé par cette course au prestige et à l'ego, qui le couvre d'eczéma et lui provoque des conjonctivites à répétition. « je me sentais aussi déplus en plus à l'étroit dans mon métier et sa spécialisation à outrance, qui empêche de voir le malade derrière l'organe et l'être humain derrière le malade. »
Qui perd gagne. Déconsidéré un temps par ses pairs, il décide de parcourir le monde afin d'« apprendre d'autres manières de soigner » et devient « médecin psychothérapeute », avec pour spécialité l'accompagnement des patients atteints de maladies physiques telles que le cancer. Pudique, voire discret, cet homme ne s'attarde pas sur lui. Dans son dernier livre, il expose une réflexion qu'il mène depuis de nombreuses années et propose d'abord d'observer les cultures lointaines et leurs pratiques de la médecine :
celles des Aborigènes, des Douala et des Indiens Navarro. Mais il interroge aussi nos pratiques médicales, plus près de nous, en France, aux États-Unis ou en Allemagne, notamment au siècle précédent. Pour explorer les théories établissant un lien entre la pensée et la santé du corps. Son objectif, il le résume ainsi :
« spiritualiser la médecine »,
qui fait souvent peur aux malades, lors de chimiothérapies ou d'interventions chirurgicales. Pour avoir voulu apporter l'éclairage de la psychologie, de l'anthropologie, de l'ethnologie et de la sociologie à une pratique de la médecine parfois asséchante, Janssen put passer pour un gourou. Il fait aujourd'hui figure de précurseur.

Métissa Chemam et Jennifer Schwarz
Source : Le Monde des Religions, novembre & décembre 2008, page64.

Sur le sujet quelques films sur : http://filmsdocumentaires.com/